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Georges Pérec |
Sommes-nous à la fin de l'histoire, pour que celle-ci hoquète et se répète, et que malgré cela nous ne sachions l'entendre en avance, et y répondre proprement ? Attention, la suite contiendra des jeux de lettres, dans l'espoir de trouver dans la contrainte les éléments d'un OuIéPo, OUvroir d'Intelligence Économique POtentielle, dédié à Gorgs Prc et GeLe.
Rappel du dernier épisode : dans Non CLADe : bleuïte aiguë, un lien un peu barbare associait les évènements de soulèvement démocratique (je mets les guillemets entre parenthèses, par naïveté) au Maghreb (la Tunisie, au couchant), aux frontières du Machreq (l'Égypte au levant) et l'affaire Renault d'espionnage-industriel-manipulation-carabistouille-déstabilisation-cafouillage, à des affections virales imaginées :
- tunisite,
- égyptose,
- losangivite.
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Bleu, Yves Klein |
Par ailleurs, deux occurrences de l'EGE se retrouvent, au Maghreb d'abord : "C'est en effet de recul dont on fait preuve les participants à la première table ronde organisée mercredi dernier par l'École de gouvernance et d'économie (EGE) de Rabat" (dans Geos Algérie: Quand Renault piste des espions présumés via Alger), et bien sûr ensuite à l'École de guerre économique pour Renault.
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Nietzsche façon Munch |
Si l'on reste avec bleu-bite, de bitau pour apprenti et bleu pour l'uniforme (ici chez Citroën, ce constructeur automobile à tréma n'avait pas encore été évoqué, tandis que PSA et BMW officialisent un accord sur l'hybride et Bolloré promet la technologie lithium-metal-polymère, tandis que la Poste pousse à la roue de la voiture électrique) dans le vocabulaire militaire cher à Carlos Ghosn, la culture du signal faible ne semble pas encore consolidée, et l'on ose à peine espérer être capable d'en tirer quelques enseignements pour l'avenir (Intelligence économique & affaire Renault : un mal pour un bien ?).
Pour cela regardons dans le passé. Du très récent des citations du dernier billet : "C'est presque toujours par erreur qu'on apprend..." et "Donnez-moi dix hommes comme Clouseau et je pourrais détruire le monde". Du Clouseau héros simplement comique des affaires étranges, nous irons vers le lointain archétype des affaires étrangères, le prince Charles-Maurice de Talleyrand, dit le diable boiteux, dont la complexité de pensée et d'action ne sauraient être résumées. Homme loué ou conspué selon les cas ou les époques, dont les phrases sont devenues citations (voir plus loin). Faisons une expérience de pensée sur "Là où tant d'hommes ont échoué, une femme peut réussir" et remplaçons dix hommes par une femme, dans le tragique ministériel des affaires étrangères.
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Le prince de Talleyrand, par Antoine Maurin |
Le 3 mars 1838, Talleyrand délivre un discours à l'Académie des Sciences morales et politiques (sic), éloge de son ancien subordonné au ministère des Affaires étrangères, Charles-Frédéric (Karl Friedrich) Reinhard, qui fut lui même ministre des affaires étrangères quelques mois en 1799. Ce texte, Éloge de Monsieur le comte Reinhart (ou Reinhard), prononcé à l'académie des sciences morales et politiques par Monsieur le Prince de Talleyrand, est disponible en pdf ou via l'hydre Google books. Talleyrand à l'occident de sa vie y dresse un portrait (personnel ?) empreint de finesse, qui raisonne jusqu'à aujourd'hui.
Extraits de l'Éloge de Monsieur le comte Reinhart (ou Reinhard), prononcé à l'académie des sciences morales et politiques par Monsieur le P. de Talleyrand. un extrait plus entier est offert en pdf ainsi qu'en lecture de vacances, sur le blog À contre-courant, par François Nicoullaud, diplomate, né...en Égypte. Ah l'histoire !
"[...], il savait déjà combien de qualités, et de qualités diverses, devaient distinguer un chef de division des affaires étrangères. [...] il devait avoir sans cesse présents à la mémoire tous les traités, connaître historiquement leurs dates, apprécier avec justesse leurs côtés forts et leurs côtés faibles, leurs antécédents et leurs conséquences, savoir enfin les noms des principaux négociateurs, et même leurs relations de famille ; [...] ; mais il savait aussi que beaucoup de considération s'attachait naturellement à une vie aussi pure et aussi modeste.Quelle magnifique concordance des temps, quand on se souvient que Talleyrand était intégralement Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, que Madame Michèle Alliot-Marie annonce : la prochaine fois, "Je ne quitterai pas la Dordogne" (sur le site des flux rss de l'Aveyron). La bonne question est désormais : faut-elle vivre en Dordogne, pour ne plus vouloir la quitter ? L'opposition vient-elle de trouver une nouvelle cible molle, comme du fois-gras ? Que nenni, contre-attaque Michèle Alliot-Marie dans une tribune récente : "Nous défendons une Europe puissance". Diantre.
L'esprit d'observation de M. Reinhart ne s'arrêtait point là ; il l'avait conduit à comprendre combien la réunion des qualités nécessaires à un ministre des affaires étrangères est rare. Il faut en effet qu'un ministre des affaires étrangères soit doué d'une sorte d'instinct qui, l'avertissant promptement, l'empêche, avant toute discussion, de jamais se compromettre. Il lui faut la faculté de se montrer ouvert en restant impénétrable; d'être réservé avec les formes de l'abandon, d'être habile jusque dans le choix de ses distractions ; il faut que sa conversation soit simple, variée, inattendue, toujours naturelle et parfois naïve; en un mot, il ne doit pas cesser un moment dans les vingt-quatre heures, d'être ministre des affaires étrangères.
Cependant, toutes ces qualités, quelque rares qu'elles soient, pourraient n'être pas suffisantes, si la bonne foi ne leur donnait une garantie dont elles ont presque toujours besoin. Je dois le rappeler ici, pour détruire un préjugé assez généralement répandu : — Non , la diplomatie n'est point une science de ruse et de duplicité. Si la bonne foi est nécessaire quelque part, c'est surtout dans les transactions politiques, car c'est elle qui les rend solides et durables. On a voulu confondre la réserve avec la ruse. La bonne foi n'autorise jamais la ruse, mais elle admet la réserve : et la réserve a cela de particulier, c'est qu'elle ajoute à la confiance.
[...] un ministre des affaires étrangères [...] se trouve ainsi placé dans la plus belle situation à laquelle un esprit élevé puisse prétendre."
La truffe |
On ne prête qu'aux riches. Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord [dit Talleyrand (1754-1838 à Paris), homme politique et diplomate français, issu de la haute noblesse, via une carrière ecclésiastique puis laïque] est réputé pour ses aphorismes frappants. En voici une poignée (dédicace aux locaux CJ et EJ) qui résonne encore aujourd'hui à Guyancourt, Orsay ou Tamanrasset :
On connaît, dans les grandes cours, un autre moyen de se grandir : c'est de se courber.
En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai.
Nous appelons militaire tout ce qui n'est pas civil.
Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'État les fait mal.
La politique ce n'est qu'une certaine façon d'agiter le peuple avant de s'en servir.
Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite.
Tout ce qui est excessif est insignifiant.
Soyez à leurs pieds. A leurs genoux... Mais jamais dans leur mains.
Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité.
On peut violer les lois sans qu'elles crient.
Là où tant d'hommes ont échoué, une femme peut réussir.
Les mécontents, ce sont des pauvres qui réfléchissent.
Le meilleur moyen de renverser un gouvernement, c'est d'en faire partie.
On ne croit qu'en ceux qui croient en eux.
Agiter le peuple avant de s'en servir, sage maxime.
Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe (in cauda venenum)
Et restons enfin conscients des limites de l'exercice :
L'esprit sert à tout, mais il ne mène à rien.L'intelligence économique peut toujours s'aiguiser : sur les pièges à miel tendus à l'industrie française (The Telegraph, 2011-02-01).
Lien
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Henri Martre |
Ces diverses actions sont menées légalement avec toutes les garanties de protection nécessaires à la préservation du patrimoine de l'entreprise, dans les meilleures conditions de qualité, de délais et de coût [NDLR : introduction de la notion de qualité-projet]. L'information utile est celle dont ont besoin les différents niveaux de décision de l'entreprise ou de la collectivité, pour élaborer et mettre en œuvre de façon cohérente la stratégie et les tactiques nécessaires à l'atteinte des objectifs définis par l'entreprise dans le but d'améliorer sa position dans son environnement concurrentiel. Ces actions, au sein de l'entreprise, s'ordonnent en un cycle ininterrompu, générateur d'une vision partagée des objectifs à atteindre. La notion d'intelligence économique implique le dépassement des actions partielles désignées par les vocables de documentation, de veille (scientifique et technologique, concurrentielle, financière, juridique et réglementaire...), de protection du patrimoine concurrentiel, d'influence (stratégie d'influence des États-nations, rôle des cabinets de consultants étrangers, opérations d'information et de désinformation...). Ce dépassement résulte de l'intention stratégique et tactique, qui doit présider au pilotage des actions partielles et su succès des actions concernées, ainsi que de l'interaction entre tous les niveaux de l'activité, auxquels s'exerce la fonction d'intelligence économique : depuis la base (internes à l'entreprise) en passant par des niveaux intermédiaires (interprofessionnels, locaux) jusqu'aux niveaux nationaux (stratégies concertées entre les différents centres de décision), transnationaux (groupes multinationaux) ou internationaux (stratégies d'influence des États-nations).Le rapport coordonné par Henri Martre, Intelligence économique et stratégie des entreprises, est disponible en pdf à la documentation française.
eMedia
BFM Business a diffusé hier soir un intelligent tétralogue (tweeté par @SpinPartners) sur le thème de l'intelligence économique, dont les références, invités et podcasts mp3 sont mis à disposition. Où l'on évoque une définition de l'intelligence économique, ou comment user efficacement de l'information pour se développer, en étant conscient que l'on est dans la compétition (aspects offensifs et défensif) en utilisant l'information gratuite ou payante, une réflexion sur l'information par el biais de l'innovation, donc de la recherche, donc la recherche par la technologie (d'après C. Harbulot). Plus de podcasts sur la page eMedia.
Agenda
L'Association nationale des auditeurs jeunes de l'Institut des hautes études de défense nationale (ANAJ-IHEDN), en partenariat avec l'Asia Centre, est heureuse de recevoir Monsieur Yves TIBERGHIEN, Professeur de Science politique à l'University of British Columbia pour une intervention sur le thème : "Quel rôle tiendra la Chine dans la gouvernance mondiale ?"
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ANAJ-IHEDN |
Inscription gratuite pour tous, mais obligatoire à l'adresse suivante :
http://tinyurl.com/anaj-chine
D'autres manifestions locales en intelligence économiques sont sur l'agenda-calendrier d'Information CLADE.
Dernières nouvelles : la cible molle Alliot-Marie rebondit grâce au Canard enchaîné sur un des deux édredons d'Eric Woerth : François Fillon.
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